Jean-Marie Cador

Jean-Marie Cador a été le héros de notre dernière soirée Un livre – Un vin d’avant l’été.

Le livre dont il a été question était Lettres de mon vélo et pour la dégustation, l’écrivain cyclopédiste comme il aime à se définir, avait choisi Le Tour de Dúzsi, Cuvée 2015, un vin produit par un ancien cycliste sur route. Selon Dúzsi Tamás, ce vin se veut un tour à vélo des saveurs et des cépages emblématiques  de  la région de Szekszárd où il est produit (kékfrankos - merlot - cabernet – zweigelt). Jean-Marie Cador a fait remarquer que l’étiquette de ce vin « montre un cycliste qui monte et qui a une bonne descente ».

 

Jean-Marie Cador a été introduit par Yannick Sicre qui a chanté les louanges de son ancien collègue et ami. Il a évoqué l’époque bénie des années 60 à 80, celles du tour de France pendant lequel « tout le pays oubliant les soucis du quotidien vibrait le temps d’un été aux épopées épiques de Merckx, Poulidor, Pingeon, Thévenet, Hinault, ou d’autres coureurs moins reconnus par la postérité » et celles pendant lesquelles Jean-Marie  Cador a découvert les Lettres de mon Moulin d’Alphonse Daudet, « lecture incontournable à défaut d’être obligatoire ».


Yannick Sicre a également retracé le parcours littéraire de Jean-Marie Cador mentionnant sa première œuvre Puisque c’est comme ça ma p’tit reine j’m’en retourne chez ma mère dans laquelle il raconte le périple (à vélo bien sûr) qui l’a « emmené des rives du Danube en Normandie dans des conditions dantesques dignes par moments du Liège-Bastogne-Liège » (pour les non-initiés : très ancienne course de vélo sur routes souvent pavées) ainsi que Novellavelo et Jeux de mots, jeux de vélo, recueil de poèmes et « exercice de style à la Raymond Queneau » et son dernier recueil Lettres de mon vélo inspiré des Lettres de mon moulin, « bilan d’une expérience que Jean-Marie Cador partage avec ses amis. Collègues, élèves, amis, famille, nous sommes tous dans le bienveillant collimateur de Jean-Marie et de son œil d’artiste aiguisé... Ces lettres sont avant tout des récits dont s'exhale le délicieux parfum de ce retour à la nature que prêchaient Montaigne et Rousseau et qu’il a réalisé dans son goût pour les équipées sauvages. Dans la joie simple de pédaler. Jean-Marie fait sienne la formule d’Antoine Blondin « un coup de pédale ajoute au paysage ». Chacun peut se reconnaître dans « les personnages ordinaires, qui portent en eux de l’extraordinaire » croqués par Jean-Marie Cador.

Jean-Marie Cador, nous a ensuite lu un texte écrit par « un copain très mal en point » à qui il a dédié la soirée puis un texte écrit par son ami Alain Leylavergne, professeur de lettres, auteur de théâtre qui écrit aussi les préfaces de ses livres. Il a émaillé la lecture de ce texte qui raconte avec humour et érudition l’histoire de la bicyclette et dresse un portrait de lui fort élogieux, de jeux de mots de son cru. Jean-Marie Cador a souligné qu’il était beaucoup question de lui et citant Maïakovski il a demandé « de qui parler d’autre que de soi-même ? ».

Répondant aux questions du public, Jean-Marie Cador a parlé des lectures qui l’ont inspiré notamment de la correspondance d’Hemingway (qui l’a déçu), des lettres échangées par Albert Camus et María Casares qu’il considère comme les plus belles lettres d’amour qu’il y ait. Il a expliqué que son recueil est une sorte d’hommage aux Lettres de mon moulin (le moulin est l’un des nombreux noms du vélo) publiées il y a tout juste 150 ans et qu’il a découvertes d’abord par un disque de Fernandel, mais aussi le résultat de sa volonté d’utiliser la technique épistolaire ou épistolière. C’est le livre qui lui a pris le plus de temps, c’est aussi le premier qu’il a écrit à l’ordinateur, en prenant beaucoup de notes.

Il a aussi parlé avec enthousiasme et emphase des sensations visuelles, olfactives, auditives, ressenties lors des balades à vélo, à condition de prêter attention, et des bienfaits de la randonnée à vélo qui incite à la réflexion philosophique et à aimer la vie. Il a ensuite raconté sa rencontre avec Bernard Hinault lors d’une semaine « Il va y avoir du sport » organisée à Budapest en 1994 ou 1995 sous l’égide de l’Ambassade de France. Invité à la réception à l’Ambassade de France, il avait été placé à côté de Bernard Hinault avec lequel il a pu, à son plus grand bonheur, parler ... de cyclisme. Mettant les formes, Madame l’ambassadrice a demandé à Bernard Hinault « qu’est-ce que ça fait quand vous êtes tout seul devant le peloton et que vous menez la course ? » Réponse du tac au tac du champion : « O ben ma bonne dame, quand on a 60 mecs au cul hein, ben on pense pas à réfléchir, on met le nez dans le guidon et on pédale !».


Avant de monter au premier étage de l’Institut pour présenter son exposition, que vous pouvez voir jusqu’au 6 juillet, Jean-Marie Cador a eu quelques envolées lyriques en évoquant les grands cyclistes comme Jacques Anquetil et la pointe de sa chaussure toujours vers le bas, Charly Gaul ou encore Bahamontes l’aigle de Tolède, leur allure sur leur monture, leur beauté et leur façon de faire du vélo.


Cette soirée empreinte de bonne humeur et émaillée de bons mots a été rendue encore plus festive par belle-maman Cador qui nous avait préparé une montagne de ses fameux stangli et Pintér Laci qui a offert les petits fours.
 
Budapest, le 6 juin 2019 (Flora Dubosc)

Jean-Pierre Pécau

La soirée Un livre – Un vin du 9 mai 2019 a été organisée à l'occasion du Festival international de la Bande dessinée de Budapest. La librairie a accueilli Jean-Pierre Pécau, auteur français de plusieurs séries de bandes dessinées. Professeur d'histoire à l'origine (« de manière anecdotique » affirme Jean-Pierre Pécau !), il est venu à la bande dessinée via les jeux de rôles. Maître de jeu et concepteur de jeux de rôles, il a été repéré par un dessinateur qui lui a dit son intérêt pour ce qu'il faisait et qu'un de ses scénarios notamment devrait être édité. A la soirée était aussi présent Lajos Farkas, dessinateur hongrois et illustrateur de trois volumes écrits par Jean-Pierre Pécau : deux dans la série Jour J (La ballade des pendus et Le dieu vert) et un dans la série L'Homme de l'année (1440 : l'homme qui arrêta Barbe Bleue).

Les deux séries reposent sur des concepts très différents. Pour L'Homme de l'année, Jean-Pierre Pécau indique qu'il s'appuie le plus possible sur l'état des connaissances historiques concernant le personnage mis en avant. C'est le directeur de collection Fred Blanchard qui choisit les thèmes et les propose. Pour Jour J Jean-Pierre Pécau dit qu'il a plus de latitude pour laisser libre cours à son imagination et à sa fantaisie puisqu'il s'agit d'uchronie. A partir d'un événement, il invente ce qui aurait pu se passer si les choses avaient basculé dans une autre direction.
 

Un des principaux intérêts de la soirée a résidé dans le fait que scénariste et dessinateur de ces bandes dessinées se rencontraient physiquement pour la première fois. Le travail de collaboration pendant la création de la bande dessinée s'était fait uniquement par l'intermédiaire d'un traducteur et l'utilisation d'internet. Jean-Pierre Pécau a souligné combien les nouvelles technologies avaient permis de révolutionner la production dans le 9e art ! Lajos Farkas a déploré le manque de communication directe que ce mode de fonctionnement pouvait générer (en recevant le scénario il aurait par exemple aimé pouvoir parler de certains lieux avec le scénariste). Il a toutefois lui aussi insisté sur le fait qu'internet était un outil indispensable pour lui, non seulement pour communiquer mais aussi surtout pour trouver des informations sur l'époque, les lieux et bâtiments à dessiner. Cela évite les déplacements et les longues heures de recherche en bibliothèque.


Pour l'apparence physique des personnages Lajos Farkas a reçu en même temps que le scénario des photos pour lui donner une idée de ce que devrait être la Jeanne d'Arc que voulait l'auteur. Mais il s'inspire aussi parfois de personnes de son entourage, par exemple pour le personnage de Villon dans La ballade des pendus, il a fait un « mix » des traits de deux de ses proches. Lajos Farkas a aussi précisé qu'il ne réalisait les dessins qu'en noir et blanc, au rythme d'une planche par semaine en moyenne, celles contenant notamment d'importants éléments architecturaux nécessitant davantage de temps. La colorisation est faite par quelqu'un d'autre de même que les bulles. Il s'agit donc d'un travail de longue haleine avec de nombreux intervenants, parfois très éloignés les uns des autres. Jean-Pierre Pécau a laissé entendre que le recours à des dessinateurs d'Europe de l'Est par les éditeurs d'Europe occidentale répondait en partie à des considérations pécuniaires.
La soirée avait débuté par la dégustation d'un vin rouge hongrois, un Vylyan Ördög 2015. Dans son introduction de la soirée et dans sa présentation du vin, Flora Dubosc a précisé que le choix du vin était une sorte de clin d'œil au personnage mis en accusation dans 1440 : l'homme qui arrêta Barbe Bleue, dans la mesure où ördög signifie diable en hongrois ce qui correspond assez au personnage de Gilles de Rais, qualifié de Barbe Bleue, arrêté, jugé et condamné pour avoir enlevé, violenté et assassiné nombre d'enfants.
 
Budapest, 9 mai (Franck Mercier)

Cette soirée a été organisée avec le soutien du Centre National du Livre et en partenariat avec l’Institut français

Nuit des librairies indépendantes

Cette soirée est organisée par les librairies indépendantes de Hongrie en marge du Festival international du livre de Budapest.  Elle a eu lieu le vendredi le plus proche du 23 avril qui est aussi la journée mondiale du livre et du droit d'auteur créée par l'UNESCO, date symbole correspondant à la mort en 1616 de Cervantès et de Shakespeare. C'est aussi la Saint-Georges (Sant Jordi en catalan) et en Catalogne une tradition ancienne veut qu'on offre une rose -un rosier ayant, selon la légende, poussé là où Saint-Georges aurait terrassé le dragon- et une plus récente un livre : la librairie Latitudes s'est donc paré de roses rouges pour l'occasion ! Lors de cette soirée elle a aussi eu l'honneur d'accueillir trois auteurs, deux primo-romanciers, Sarah Manigne pour L'Atelier (Mercure de France) et Emmanuel Régniez pour Notre château (Le Tripode), et un auteur plus confirmé et reconnu : Jean-Christophe Rufin de l'Académie française.


Dans la première partie de la soirée, animée par Flora Dubosc et Stéphane Carlier, enseignant à l’Université ELTE, Sarah Manigne et Emmanuel Régniez ont d'abord évoqué la manière dont ils ont été publiés, après un simple envoi par la poste pour Sarah Manigne, contactée par les éditions du Mercure de France après plusieurs refus d'autres éditeurs, par mail en ce qui concerne Emmanuel Régniez qui a reçu un coup de fil après seulement trois jours. Si pour Sarah Manigne le retravail avec l'éditeur a été relativement limité, pour Emmanuel Régniez il y a eu une sorte de bras de fer entre l'écrivain et l'éditeur au sujet de longs chapitres que ce dernier voulait supprimer alors que l'auteur voulait les conserver :  il a fini par se résoudre à les retrancher. Il y a eu aussi un travail important pour la mise en page, des ajouts de phrases ayant notamment été nécessaires pour éviter les orphelines, ces phrases qui se retrouvent seules sur une page...


Pour les deux auteurs le récit est écrit à la première personne mais sans motivation autobiographique. Ils considèrent l'un comme l'autre que le « je » s'est imposé comme une facilité narrative, Emmanuel Régniez ajoutant qu'il tentait aussi par-là de rentrer dans la tête de quelqu'un qui déraille. Il a également choisi d'adopter une structure gothique, il est d'ailleurs l'auteur d'un ABC du gothique (Le Quartanier) : en ayant ainsi son plan à l'avance, il a pu, dit-il s'amuser avec autre chose, avec ce qui l'intéresse vraiment : écrire, en jouant avec les mots. La fin de son roman toutefois a été changée sur la suggestion d'une amie qui trouvait la première trop fermée. Emmanuel Régniez indique aussi qu'à la fin de l'écriture du roman il est tombé par hasard sur une série de photos qu'un peintre utilisait pour ses tableaux ! Ces photos se sont imposées à lui comme des illustrations de son livre et il a choisi de les y insérer : il voit notamment Octave et Véra, le frère et la sœur du roman dans les personnages photographiés. Mais il ajoute qu'il a fait le choix de les ajouter pour imposer une représentation et brouiller les pistes. Sarah Manigne de son côté avait essayé d'avoir un plan mais elle concède ne pas s'y être tenue, emportée par l'histoire qu'elle racontait. A l'origine par exemple, Odile, son héroïne, ne se mettait pas à peindre.
Comme à l'accoutumée la discussion s'est terminée par des conseils lecture ou coups de cœur de la part des auteurs : après avoir parlé du choc qu'a représenté l'écrivain autrichien Thomas Bernhard (Extinction, Des arbres à abattre...) pour lui et les écrivains de sa génération, Emmanuel Régniez évoque son intérêt pour la littérature hongroise et cite en particulier Le bréviaire de Saint-Orphée de Miklós Szentkuthy. Quant à elle, Sarah Manigne confesse son goût pour la littérature anglo-saxonne et parle de Blonde de Joyce Carol Oates, inspiré de la vie de Marilyn Monroe.

La seconde partie de la soirée s'est déroulée avec Jean-Christophe Rufin autour de l'évocation de trois de ses livres.

Il a d'abord été question de Le tour du monde du roi Zibeline, aux racines hongroises, que l'auteur présente comme un des grands destins du XVIIIe siècle. Longtemps s'est posé avec lui le problème de la crédibilité compte tenu des sources, principalement les Mémoires du comte Benjowski, devenu roi de Madagascar. Jean-Christophe Rufin rappelle que celui-ci a été calomnié au XIXe siècle mais qu'il est en train d'être réhabilité grâce à l'authentification de nombreux épisodes de sa vie par des historiens de diverses nationalités (hongroise, slovaque, polonaise, russe...). Si Jean-Christophe Rufin veut donner à lire l'histoire de ce personnage hors du commun il n'en reste pas moins romancier. A cet égard il donne un exemple éloquent des entorses à l'Histoire que le romancier peut se permettre : le personnage d'Aphanasie est en fait la fusion de deux des femmes du comte, son épouse hongroise et une certaine Aphanasie qu'il rencontre au gré de ses pérégrinations !
Ensuite la discussion a porté sur Les sept mariages d'Edgar et Ludmila (Gallimard). Pour ce roman, Jean-Christophe Rufin est parti d'une histoire vraie, un voyage dans l'URSS de 1956 réalisé par Dominique Lapierre avec le photographe Jean-Pierre Pedrazzini, mortellement blessé quelques mois plus tard lors de l'insurrection de Budapest. Jean-Christophe Rufin se dit fasciné par le livre témoignage illustré de photos de Pedrazzini que Dominique Lapierre en a tiré : Il était une fois l'URSS. L'histoire que Rufin écrit est non seulement une histoire d'amour sur 50 ans mais aussi l'histoire de l'époque dans laquelle elle s'inscrit, celles de la seconde moitié du XXe siècle.
Pour finir c'est Le suspendu de Conakry qui a été évoqué. Jean-Christophe Rufin avoue qu'il l'a écrit pour s'amuser et qu'au départ il voulait le publier sous pseudonyme. Il le présente comme une petite enquête qui lui permet de recycler certains de ses souvenirs d'ambassade. Il s'inspire notamment d'un de ses collaborateurs pour le personnage du consul enquêteur, avec qui Rufin dit se promener lors de ses voyages, et qui sera à nouveau à la manœuvre dans un prochain épisode, Aurel et la piscine verte, à paraître au mois d'octobre 2019 chez Flammarion !


Budapest, 26 avril 2019 (Franck Mercier)

Cette soirée a été organisée avec le soutien du Centre National du Livre et en partenariat avec l’Institut français et Wallonie-Bruxelles International.

Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt était à Budapest pendant quelques jours dans le cadre du Festival de la Francophonie au mois de mars 2019. Pendant cette courte visite, une rencontre avec l’auteur était prévue à la librairie Latitudes. En raison de l’affluence exceptionnelle (plus de 125 personnes) la rencontre, animée par Kinga László, a finalement eu lieu dans l’auditorium de l’Institut français.
 
Eric-Emmanuel Schmitt s'est présenté comme « esclave de son imaginaire » : des idées lui viennent, des personnages lui parlent, c'est l'histoire qui lui dit s'il doit écrire un roman, une nouvelle ou une pièce de théâtre. Il précise que lorsqu'il se lance dans l'écriture d'une œuvre il en connait toujours le début et la fin, et plus particulièrement la première et la dernière phrase qu'il considère comment essentielles. Il cite de mémoire deux exemples : Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran avec « A 13 ans j'ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes » et Félix et la source invisible avec « Tu vois pas que ta mère est morte » pour montrer à quel point dans la première phrase il y a déjà tout le livre.


Lorsqu'il s'est agi de faire de lui une présentation au travers de ses activités, Eric-Emmanuel Schmitt a réfuté celle de philosophe – il faut rester modeste, dit-il : il rappelle qu'après avoir intégré l'Ecole Normale Supérieure en Lettres classiques, il a bifurqué vers la philosophie et que le seul métier qu'il ait jamais exercé est celui de professeur de philosophie mais le succès l'a rattrapé et lui a permis de se consacrer pleinement à l'écriture, choisissant des fictions nourries de philosophie. C'est d'ailleurs ce qui justifie selon lui le recours, particulièrement dans le Cycle de l'invisible, à un enfant comme personnage principal. Pour lui l'enfant est spontanément philosophe parce qu'il se pose des questions, parce qu'il s'étonne, parce qu'il a une complicité avec le mystère car une partie de l'univers dans lequel il se trouve lui échappe, et l'enfant fait aussi preuve d'humilité, car il sait qu'il ne sait pas.

Après l'évocation de ces éléments de son parcours et de sa manière d'aborder son travail, Eric-Emmanuel Schmitt a volontiers accepté de lire un extrait de Madame Pylinska et le secret de Chopin. D'ailleurs plus qu'à une lecture il s'est lancé dans une interprétation, utilisant l'accent polonais de son personnage, variant le ton. Il a donné à voir et à entendre un autre volet de son talent, celui de dramaturge et d'acteur. A l'issue de cette performance il a insisté sur le fait que cet extrait était un hommage non seulement à Chopin, mais aussi à Cyrano de Bergerac, dont la tirade du nez l'a fortement inspiré !

Eric-Emmanuel Schmitt s'est ensuite prêté à un exercice d'improvisation autour de noms d'écrivains lancés à la volée pour savoir ce qu'ils lui inspiraient. D'abord Diderot que Schmitt présente comme un esprit libre, « mon professeur de liberté » lance-t-il d'emblée. Eric-Emmanuel Schmitt souligne qu'il ne pense rien comme lui mais que c'est son modèle, notamment parce qu'il écrit de la philosophie sous des formes non-philosophiques, alternant aussi des passages fortement imprégnés de philosophie avec des passages au ton plus trivial. Ensuite Nicolas Mathieu, lauréat du prix Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux (Actes Sud). Eric-Emmanuel Schmitt en recommande la lecture même s'il reconnaît qu'en tant que membre du jury Goncourt ce n'est pas lui qui avait sa préférence. Il en profite du coup pour conseiller l'ouvrage qui avait sa préférence : Maîtres et esclaves de Paul Greveillac chez Gallimard. Puis vient le tour de Yasmina Reza : seul moment où Eric-Emmanuel Schmitt a perdu un peu sa bonne humeur communicative, déplorant la rivalité créée de manière artificielle entre elle et lui. Enfin Michel Houellebecq pour lequel Eric-Emmanuel Schmitt a cette formule : « c'est un très beau crépuscule ! » Cela lui donne l'occasion d'évoquer l'ambiance générale de l'époque dans laquelle nous vivons. C'est selon lui une époque qui cultive, voire flatte le pessimisme et lui, Eric-Emmanuel Schmitt est un farouche partisan de l'optimisme qu'il faut, dit-il, réinventer ! Il faut privilégier la joie, se contenter de ce qu'on a, plutôt que de plonger dans la tristesse en se plaignant constamment qu'il manque toujours quelque chose. Il se réfère alors à Spinoza, philosophe de la joie et à Beethoven, le musicien de la joie.

A la question de savoir quel livre de sa propre œuvre il conseillerait, Eric-Emmanuel Schmitt évoque d'abord La part de l'autre qu'il présente comme une enquête sur le mal. Il a cherché à comprendre comment on devient barbare, comment Hitler s'est fabriqué ! Il souligne qu'au moment de son écriture ce livre a été très exigeant sur le plan physique et psychique, mais il est satisfait que ce livre finisse par s'imposer. Il évoque aussi L'évangile selon Pilate et prolonge son propos en évoquant son rapport à la religion en rappelant que, comme le dit le philosophe Pascal, il a « vécu une nuit de feu ». Il se présente comme un mystique mais insiste sur le fait que pour lui une croyance n'est pas un savoir et utilise, comme tout au long de son intervention, une formule lapidaire « je suis un agnostique croyant ! »
 
Budapest, 28 mars 2019 (Franck Mercier)
 

La visite de M. Eric-Emmanuel Schmitt à Budapest a été financée par le Centre National du Livre, l’Institut français de Budapest, Wallonie-Bruxelles International et la librairie Latitudes.

Rencontre avec Geneviève Damas

Mardi 5 mars 2019, Geneviève Damas, comédienne, metteur en scène et auteure belge était l’invitée de la librairie Latitudes dans le cadre d’une visite à Budapest organisée et financée par Wallonie-Bruxelles International. Cette soirée Un livre : Patricia (Gallimard, 18 mai 2017) – Un vin : Shiraz (Fekete Borpince, 2015) a été animée par Flora Dubosc.
 
A propos de son livre Patricia, Geneviève Damas évoque d'emblée le choc qu'a constitué pour elle le discours politique officiel très dur à l'encontre des migrants tenu par un membre du gouvernement belge qu'elle présente comme très à droite. Selon elle en revanche une part importante de la population en Belgique a pris fait et cause pour les migrants. A titre personnel elle a d'ailleurs accueilli brièvement dans sa famille deux mineurs non accompagnés originaires du Congo, une expérience très belle mais très dure qui lui a laissé l'impression qu'elle n'était pas à la hauteur.
 
L'idée de son roman lui est venue en 2013, notamment après des voyages qu'elle a effectués en Afrique et en Haïti, grâce au prix des cinq continents de la Francophonie qui lui a été décerné pour son premier roman Si tu passes la rivière. Elle souligne le décalage qui l'a frappé entre le discours catastrophiste en Belgique et en Occident d'une manière plus générale sur le fait que rien ne va alors que la situation y est incomparablement plus privilégiée que dans ces pays qu'elle a découverts. Son projet littéraire était de voir comment les migrations transforment nos vies d'occidentaux. Elle a aussi, par l'intermédiaire d'un syndicat belge, catholique, pu rencontrer et interviewer trois travailleurs sans papiers, dont deux victimes de la traite des êtres humains. A la demande de son éditeur elle a entrepris des recherches : elle est allée à Niagara et à Lampedusa pour enquêter sur ces deux lieux de passage qui sont au cœur de son roman.

 

                               
Pendant son séjour au Canada elle a rencontré un rapporteur des Nations Unies, un rapporteur  indépendant, sur la recommandation d'un de ses anciens professeurs de l'université de Louvain où en dernière année elle a étudié le droit des réfugiés. A Niagara elle a rencontré un garde-frontière qui lui a fait prendre la mesure du rôle stratégique de cette frontière entre les Etats-Unis et le Canada, où tous les jours passent des clandestins. En 2015 elle s'est rendue à Lampedusa et la confrontation avec la réalité des centres de réfugiés a constitué pour elle un choc, marquée à la fois par la dureté des conditions de vie des migrants et de leurs parcours (pendant qu'elle y était au mois de juin il y avait une arrivée d'environ 1.200 personnes par jour pour une capacité d'accueil de 380 places) et par l'humanité chez les carabinieri, des pères de famille, qui dit-elle se sentent complètement démunis.

C'est la fiction qu'elle choisit plutôt que de restituer sous la forme d'un documentaire les observations et les témoignages qu'elle a pu recueillir. Dans un roman, considère-t-elle, les personnages sont plus larges qu'eux-mêmes. Mais surtout elle estime que ce serait trop violent de mettre telle qu'elle en pâture l'histoire de ces migrants qu'elle a pu rencontrer. Toutefois Geneviève Damas a voulu que cela ne serve pas qu'à son roman alors elle a aussi écrit des articles pour le journal Le Soir.
 
Geneviève Damas a préféré situer son roman en France plutôt qu'en Belgique. Elle ne l'a fait que parce qu'il y a en France et en Belgique sur le sujet des situations et surtout des dispositions législatives comparables. Son prochain livre, Bluebird (à paraître le 2 mai 2019, Gallimard), sur une jeune fille de 16 ans et demi qui découvre très tardivement qu'elle est enceinte, se passera en Belgique car les dispositions législatives ne sont pas les mêmes dans les deux pays. Mais ce choix de la France est là aussi pour dit-elle « casser le côté biographique », une mise à distance nécessaire vis-à-vis de sa famille, du regard de ses parents, mais aussi parce que la question des relations Belgique/Afrique et plus particulièrement avec le Congo est toujours très sensible. Elle rappelle le passé colonialiste de la Belgique au Congo, son exploitation, son pillage, et notamment le fait que c'est la Belgique qui a vendu aux Etats-Unis l'uranium du Congo qui a servi à fabriquer la bombe atomique, et qu'avec les 5 milliards de dollars perçus la Belgique a pu se reconstruire après la guerre. Elle considère que son rôle est de faire mémoire : elle veut montrer que les choses sont plus complexes que ce que l'on imagine et raconte. L'écrivain est là pour rendre un visage humain à une problématique sociale, en particulier aussi sur le sujet des migrants.
 
Budapest, mars 2019 (Franck Mercier)

Rencontre avec Laetitia Colombani

Jeudi 18 octobre 2018, Laetitia Colombani, auteure de « La tresse » (Grasset, 10 mai 2017, Le livre de Poche 30 mai 2018), était l’invitée de la librairie Latitudes dans le cadre d’une visite à Budapest organisée et financée par l’Institut français de Budapest. Cette rencontre, animée par Edina Oszkó, a débuté par la dégustation d’un vin sicilien (Kaid Sauvignon blanc 2015 de chez Alessandro di Camporeale) proposé par Veritas Borkereskedés et présenté par László Huszák en hommage à Giulia, l’un des personnages du roman.

De la scénariste à la romancière...

Lors de la soirée Laetitia Colombani a abordé son travail de scénariste et d'écrivain. Pendant plus de quinze années elle a multiplié les projets dans le cinéma, des projets longs à monter. Elle a aussi évoqué son travail d'écriture pour le théâtre : elle est l'auteure du spectacle de France Gall en hommage à Michel Berger.
Elle s'est tournée vers le roman car elle avait envie d'un projet plus personnel, sans avoir à convaincre différents interlocuteurs, financiers, acteurs... Elle avait envie de parler de la place des femmes dans le monde d'aujourd'hui et la forme romanesque lui paraissait pouvoir offrir davantage de liberté. Un des éléments déclencheurs qui est aussi un des thèmes du roman est le cancer qui a touché une de ses amies proches.
Pour elle, le scénario n'est pas une œuvre en tant que telle mais simplement un outil technique qui nécessite clarté, précision pour pouvoir être utilisé par d'autres (réalisateur, acteurs, techniciens...) qui eux réalisent une œuvre, cinématographique. Elle considère que l’écriture pour le cinéma ne permet pas d’aborder l'intériorité des personnages. Dans un scénario elle ne peut écrire : « il pense que... », « il ressent que... ». Le roman, lui, permet l'introspection mais aussi le travail sur la langue alors que le scénario n'a pas vocation à être littéraire.
Un professionnel du cinéma lui a d'ailleurs fait remarquer que son travail de scénariste était parfois « trop » littéraire. Elle voulait donc à travers le roman pouvoir travailler sur la langue, sur les mots, rechercher une certaine poésie, musicalité que le scénario exclut. Pendant l'écriture de son roman elle a retrouvé un plaisir d'écrire qu'elle avait étant adolescente en composant notamment de la poésie.

Un premier roman : La tresse

Laetitia Colombani s'est inspirée de deux films : Babel du Mexicain Alejandro Iñarritu et The Hours de Michael Cunningham. Le premier se passe dans trois pays : le Japon, le Maroc et le Mexique. Laetitia Colombani avait envie d'écrire un Babel au féminin en reprenant cette idée d'une œuvre localisée dans trois régions différentes. Dans le second film il est question de Virginia Woolf et de son roman Mrs Dalloway que Laetitia Colombani a relu pendant l'écriture de son propre roman. Le film raconte le destin de trois femmes à trois époques différentes, trois destins entrelacés sans que les personnages ne se rencontrent.
L'évocation de l'Inde et de la situation des femmes intouchables dans la société indienne a constitué le point de départ du roman. Laetitia Colombani a souhaité ensuite que ses autres personnages illustrent la situation sur d'autres continents. Elle avait vu des reportages sur des ateliers de traitements des cheveux à Rome et en Sicile. Son choix s'est porté sur la Sicile d'une part parce qu'à Rome l'activité était trop industrielle et d'autre part parce que la société sicilienne lui est apparue à la fois très occidentale mais encore empreinte de traditionalisme, ce qui la plaçait entre la société indienne et la société canadienne qu'elle évoque dans les deux autres parties du roman. Avant de se lancer dans la rédaction du roman à proprement parler elle a effectué six mois de recherches en particulier pour la partie du roman qui se passe en Inde. Elle a voyagé dans les trois pays. Ensuite elle a consacré quatre mois pour achever le manuscrit.
Novice dans le domaine du roman, elle a bénéficié de conseils d'amis qui lui ont recommandé certains éditeurs. Elle a envoyé son manuscrit à cinq maisons d'éditions. Juliette Joste chez Grasset lui a répondu deux jours après en lui disant qu'elle avait lu et apprécié son roman mais qu'elle avait des réserves et lui a indiqué des pistes pour retravailler son texte.
Laetitia Colombani a souligné que son éditrice lui a donné seulement des pistes en lui laissant une très grande liberté pour apporter les modifications à son roman, ce qu'elle a apprécié mais qui l'a aussi un peu déroutée dans la mesure où elle n'avait alors signé aucun contrat et qu'elle n'avait aucune certitude que le travail de réécriture aboutirait à une publication.
L’éditrice lui a dit qu'il y avait à son avis un déséquilibre trop important entre les différentes parties du roman, avec une partie très forte, celle qui se passe en Inde, et une trop restreinte, trop focalisée sur la seule maladie du personnage. Elle lui a demandé d'élargir son propos...
Elle a alors décidé d'inscrire son personnage canadien dans le monde professionnel des avocats, milieu qu'elle connaît bien par son mari avocat, et des amis... Elle confie avoir mis cette partie du roman à la poubelle et de l'avoir entièrement réécrite avant de la renvoyer à son éditrice. Celle-ci s'est montrée satisfaite des modifications qui, selon elle, ont toutefois créé un nouveau déséquilibre. La partie sicilienne était devenue plus faible que les deux autres. Elle pensait aussi qu'il pourrait être intéressant d'ajouter une quatrième voix qui ferait le lien entre les trois personnages principaux. A l'origine, le personnage principal de la partie sicilienne du roman était une femme d'une cinquantaine d'années, mariée au patron de l'atelier de fabrication de perruques. Celui-ci mourrait dans un accident et elle se retrouvait perdue à la tête de l'entreprise. Laetitia Colombani reconnaît que c'est le personnage de Giulia qui lui a demandé le plus de travail et qui lui a donné le plus de fil à retordre. C'est l'idée de l'homme sikh qui lui a apporté la solution, elle précise que dans la culture et la religion sikhe il y a une égalité entre les hommes et les femmes, qui ont elles aussi le droit d'officier dans toutes les cérémonies. A partir de là, le « nouveau » personnage de Giulia lui est venu facilement comme la dernière pièce d'un puzzle. Elle a également précisé que l’atelier qu’elle décrit dans le livre existe vraiment.
Au cours de la soirée Laetitia Colombani a lu trois passages du roman, un pour chacun de ses personnages. Pour Sarah elle a choisi le passage présentant la réussite professionnelle du personnage et pour Giulia celui qui illustre la culture livresque du personnage. Pour elle il est important de souligner que son personnage s'est cultivée au contact des livres, c'est aussi un clin d'oeil à sa mère qui a été bibliothécaire pendant 35 ans. Laetitia Colombani a grandi au milieu des livres et confie se sentir bien dans les lieux pleins de livres ! Concernant l'Inde, après avoir fait des recherches sur les videuses de latrines, elle a cherché d'où partir pour se sentir en empathie avec un personnage qu'elle voulait tout en bas de l'échelle sociale. L'idée lui est venue le jour où elle a accompagné sa propre fille à l'école pour la première fois ! Elle a alors décidé que son personnage serait mère d'une fille de cinq ans. Pour elle, son personnage est avant tout une mère désireuse d'assurer à sa fille une vie meilleure qui selon elle passe par l'éducation. Elle considère qu'il y a quelque chose d'universel dans le sentiment ressenti quand un parent lâche la main de son enfant la première fois qu'il va à l'école. Elle a donc choisi de lire le passage de la rentrée scolaire.



 

De la romancière à la réalisatrice

Pendant l'écriture du livre elle s’est interdit de penser à la possibilité d'un film. Mais dans sa manière de travailler – déformation professionnelle dit-elle – elle ne peut s'empêcher de visualiser.
Elle a eu beaucoup de propositions pour l'adaptation cinématographique du roman avant même que celui-ci ne rencontre le succès ! Un producteur a lu le livre avec enthousiasme et lui a proposé de réaliser elle-même le film. Elle a d'abord eu un moment de doute, voire de panique mais elle s'est vite dit que si elle ne le faisait pas quelqu'un d'autre le ferait à sa place et qu'elle serait déçue car elle avait déjà beaucoup d'images en tête. Elle dit aussi s'être beaucoup attachée à ses personnages et que la réalisation du film est un moyen pour elle de continuer la route avec eux.
Laetitia Colombani est en train d'adapter son roman pour le cinéma avec une co-scénariste amie. L'adaptation sera très fidèle au livre. Elle a fait lire le scénario à son mari qui a dit avoir pleuré aux mêmes endroits que dans le roman. Pour elle c'est bon signe. Le film tel qu'envisagé reprendra les trois composantes géographiques qui existent dans le livre. La partie poésie, la quatrième voix du roman, quant à elle, qui n'était pas dans le manuscrit initial, ne se retrouvera pas dans le film. A la question d'une possible voix off, elle répond qu'elle a envie d'un côté très immédiat, sans transition, que le spectateur bascule directement d'un endroit à un autre, d'une histoire à une autre.
Dans cette adaptation elle se sent très libre car c'est son œuvre qu'elle adapte et si elle trahit c'est elle-même qu'elle trahit ! Pour le film elle doit ajouter des scènes et des éléments. Elle a donné l'exemple de Sarah. Dans le roman elle a écrit que Sarah sentait que quelque chose avait changé sur son lieu de travail depuis qu'on la savait malade. Pour le film elle doit trouver des scènes pour expliquer, montrer, faire vivre ce qui dans le livre est juste de l'ordre de l'allusion, de la sensation, de l'intériorité. Elle a évoqué la possibilité d'inclure des scènes de réunions sans elle au cabinet d'avocats, de montrer des piles de dossiers de plus en plus maigres sur son bureau, de faire sonner le téléphone moins souvent...
Elle part bientôt en repérage pour un tournage prévu en 2019. Elle va notamment en Inde refaire le périple de ses deux personnages jusqu'au temple consacré au dieu Vishnou. Elle a aussi hâte de faire la sélection des actrices qui représente un nouveau défi en particulier pour Smita. Elle ne veut surtout pas d'une actrice bolywoodienne. Elle voudrait quelqu'un d'une grande intensité, si possible une intouchable, à qui elle aimerait pouvoir donner sa chance. Cela constituerait un joli message. Elle envisage éventuellement de se réserver un petit rôle dans le film, d'y faire une apparition à la Hitchcock. Elle se verrait bien dans la partie canadienne, à l'hôpital comme médecin ou au cabinet d'avocats.
Le tournage devrait s'étaler sur une année notamment pour des raisons purement climatiques et techniques : la partie sicilienne se déroule et sera tournée en été, la partie montréalaise pendant l'automne et l'hiver. Quant à la partie indienne son tournage se fera vers février pour échapper à la mousson puis aux températures extrêmes qui sont incompatibles avec le tournage d'un film.
 

Une œuvre féministe ?

Laetitia Colombani a envie de porter la voix des femmes, elle souhaite une plus grande égalité entre les hommes et les femmes, en cela elle accepte volontiers que son roman soit qualifié de féministe. Mais elle se considère être une féministe pacifique et avoir écrit un livre pour les femmes et pour les hommes qui les aiment. Pour elle, le combat féministe ne peut se faire qu'avec la coopération des hommes et nécessite des décisions politiques. Elle évoque alors la chanson de Zazie « Aux armes citoyennes » en soulignant le passage :    

« Aux hommes qui nous aiment
Ensemble, marchons
Et au Diable les autres »

 
Une question lui a été posée sur l'appel signé par 82 femmes à Cannes. Elle a répondu qu’elle n'était pas à Cannes cette année et ne l'a pas signé mais qu’elle s'insurge contre les inégalités qui existent entre hommes et femmes dans le monde du cinéma. Elle ne comprend pas que ses camarades de promotion masculins de l'école nationale de cinéma puissent être payés 40 % de plus que les femmes. Elle a aussi évoqué les problèmes de budget auxquels les femmes cinéastes se trouvent confrontées. Quand un réalisateur masculin dispose de 5 millions d'euros de budget, les femmes réalisatrices n'ont que 3 millions en moyenne et se trouvent cantonnées selon elle dans des films d'auteurs, des films intimistes... Elle se dit favorable à des quotas positifs pour faciliter la marche vers une plus grande égalité. Dans son travail pour la réalisation du film adapté de son roman elle s'est entourée de femmes à tous les niveaux mais elle ne veut pas se passer des talents masculins, en particulier des chefs de postes.
Pour elle beaucoup de choses ont changé dans les années 1960-70 et elle a l'impression qu'on est rentré dans une phase d'évolution très lente. Elle garde cependant espoir et n'accepte pas l'idée qu'un camarade de classe de sa fille pourrait gagner dans 20 ans 30 % de plus que sa fille à travail égal ! Elle pense aussi que l'équilibre reste difficile à trouver pour les femmes dans les sociétés actuelles : elles sont de plus en plus présentes mais elles restent écartelées entre la carrière et les enfants ce qui entraine selon elle une « charge mentale » considérable.
Depuis qu'elle est mère elle reconnaît qu'elle se pose beaucoup plus de questions... et que son œuvre est en quelque sorte empreinte de conditionnel, du si : « et si ma famille vivait en Inde et que ma fille y était née... » Mais impossible pour elle de choisir entre ses trois personnages, de dire vers lequel irait sa préférence. Ce sont trois personnages qui sont un peu elle : une épouse avec un mari qui n'est ni de la même culture, ni de la même religion, une mère, une femme qui a réussi mais qui éprouve une certaine culpabilité à cause de la charge de travail pas toujours compatible avec la vie de famille, même si elle est très présente pour sa fille de 7 ans qui a été la première lectrice d'une adaptation de la partie indienne du roman en livre pour enfants qui paraîtra mi-novembre 2018 aux éditions Grasset Jeunesse.

Budapest, octobre 2018 (Franck Mercier)


Laetitia Colombani est réalisatrice, actrice, scénariste et écrivaine française. Elle écrit et réalise des courts et long-métrages. Son film « À la folie... pas du tout » (2002) avec Audrey Tautou, Samuel le Bihan et Isabelle Carré, a remporté le Prix Sopadin Junior du Meilleur Scénario. La Tresse est son premier roman qui a été publié chez Grasset en 2017. Il a été tiré à plus de 54.000 exemplaires en deux semaines, s’est vendu à plus de 150.000 exemplaires en deux mois, et compte 340.000 exemplaires vendus en moins d’un an. Il a été traduit dans plus de 29 langues et a remporté de nombreux prix dont le 40ème Prix Relay des Voyageurs Lecteurs, le Trophée littéraire 2017 des Femmes de l'Economie et le Globe de Cristal 2018 du premier roman.

Rentrée - Septembre 2018

La rentrée scolaire est là, la rentrée littéraire bat son plein, nous avons repris nos horaires habituels, nous mettons en place le calendrier de nos animations et finissons de préparer les commandes que vous avez passées pour la rentrée.

Horaires

Nous vous accueillons de nouveau du lundi au vendredi de 10h à 19h et le samedi de 10h à 14h30.

Un livre - Un Vin

Nos soirées Un livre - Un Vin reprendront au mois d'octobre avec... Laetitia Colombani auteure de La Tresse (Grasset 2017, LGF 2018)

Rentrée littéraire

D'ici la mi octobre les éditeurs français vont publier 381 romans francophones, dont 94 premiers romans, et 186 romans étrangers. Nous avons passé une bonne partie de l'été à lire et sélectionner les romans que nous vous proposons. Retrouvez nos coups de coeurs dans la rubrique Autres livres sur notre page d'accueil.
Si vous souhaitez commander un titre n’hésitez pas à nous contacter !

Manuels scolaires (LFGEB)

Comme chaque année, un certain nombre de manuels sont en rupture de stock depuis quelques semaines. La raison principale de ces ruptures vient des géants de la distribution de livres, qui ne sont pas des libraires, qui engrangent d'énormes stocks avant la rentrée et qui renvoient les invendus aux éditeurs en septembre. Ces invendus doivent parfois être détruits parce qu'ils ne sont plus en état d'être vendus.
Nous suivons la situation de près et faisons tout ce que nous pouvons pour que ces livres arrivent dès que possible.
Nous remercions ceux qui attendent des manuels de leur patience et compréhension.

A l'heure où nous écrivons, les manuels suivants sont en cours de réimpression :

  • Odyssée, Manuel de mathématiques, Premiere S, éd. 2011

  • Physique-Chimie, Manuel, Grand format, Premiere S, éd. 2011

  • Sciences de la vie et de la terre (SVT), Manuel, Format compact, Premiere S, éd. 2011

  • Indice, Manuel de mathématiques enseignement spécifique, Petit format,Terminale ES/L, éd. 2012

  • Sciences sociales et politiques (SSP), Manuel, Terminale ES, éd. 2015

  • Histoire, Manuel, Terminale ES/L, éd. 2014

Nuit des librairies indépendantes 2018

Le 23 avril est le jour de la Saint Georges, patron de la Catalogne (Sant Jordi) où la tradition voulait que ce jour-là on offre une rose. Selon la légende, un rosier jaillit du sang du dragon terrassé par Saint Georges. Une autre légende dit que la princesse sauvée des griffes du dragon offrit en remerciement à Saint Georges… un livre. Le 23 avril est aussi le jour où Miguel de Cervantes a été inhumé (en 1616). En 1926, à l’initiative de la Chambre des Libraires de Barcelone, le 23 avril est devenu la fête du livre. Depuis 1995, le 23 avril est la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur.
Aujourd’hui, cette journée est célébrée dans plus de 80 pays, y compris en Hongrie où le Festival international du livre de Budapest est traditionnellement organisé autour du 23 avril.

En 2012, trois librairies indépendantes de Budapest, qui n’avaient pas la possibilité d’être présentes au Festival du livre, se sont réunies pour imaginer une manière de célébrer ce jour. Ainsi est née la Nuit des librairies indépendantes à laquelle près de 30 librairies participent cette année.

Le 20 avril 2018, les librairies restent ouvertes jusqu’à minuit et proposent une grande variété de programmes et animations autour du livre et de la lecture. Il s’agit pour elles, non seulement de célébrer le Livre mais aussi de créer l’événement et mettre en avant leur métier (même ou peut-être parce qu’il n’y a pas d’équivalent en hongrois pour le mot libraire) : un travail, souvent combat, quotidien et artisanal pour protéger la diversité éditoriale, et culturelle.

Bien qu’il n’y ait pas de définition légale de la "librairie indépendante", il est communément admis que librairies indépendantes sont :

  • libres de toutes attaches économiques et financières : le libraire a la maîtrise du capital et de la gestion de son magasin, il choisit lui-même les livres dans la profusion des livres édités pour vous faire partager ses découvertes et vous proposer un fonds (stock) personnalisé, adapté à vos attentes et indépendant d’impératifs strictement commerciaux.
  • libres de toutes attaches à une chaîne de magasin, à un éditeur ou à un groupe éditorial, ou encore à une institution culturelle : le libraire constitue son fonds et s’organise comme il l’entend sans intervention ou pression extérieure et met en avant les livres qu’il a aimés et que les lecteurs ont aimés.
Les librairies qui participent à la Nuit des librairies remplissent la plupart de ces critères.
Latitudes est une librairie indépendante au sens premier du terme. Le capital de la société gérante de Latitudes est entièrement détenu par deux personnes physiques qui ne dépendent d’aucun groupe, chaîne, éditeur ou organisme de quelque nature et qui travaillent à la librairie. L’objectif des actionnaires n’est pas le profit, mais l’équilibre des comptes et l’animation d’un lieu de rencontres et d'échanges francophone. L’équipe de libraires de Latitudes est totalement maître de ses choix de gestion, de livres, s’attache à partager ses coups de cœurs et à répondre aux attentes de sa clientèle.

Une librairie n’est rien sans livres, sans auteurs, éditeurs, imprimeurs mais surtout sans lecteurs !
 

Nous vous attendons nombreux
encore plus que les autres jours de l’année
vendredi 20 avril 2018 !
 
La librairie sera ouverte jusqu’à minuit et recevra à partir de 20h30 :
Mathias Enard, l’auteur de « Boussole » (Actes Sud 2015), Prix Goncourt 2015, et de « Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants » (Actes Sud 2010), Prix Goncourt des lycéens 2010.
Guillaume Métayer, traducteur de Attila József, Sándor Petőfi ou encore Krisztina Tóth, pour son recueil Türelemüveg (Magvető 2018).
La soirée sera mise en musique par Levente Puskás (clarinette) et animée par Gulyás Adrienn, traductrice, et Edina Oszkó, libraire, avec la participation d’Ágnes Tótfalusi traductrice du roman « Boussole » de Mathias Enard.
Cette rencontre est organisée avec le soutien du Centre National du Livre et en partenariat avec l’Institut français.