Michel Levaï

La première soirée Un livre-Un vin de l’année 2020 a eu lieu le 6 février. Michel Levaï nous a fait le plaisir de venir parler de son livre Qui a tué ma mère paru aux éditions l’Harmattan le 16 juin 2019.

Comme la coutume en est maintenant bien établie, la soirée a commencé par la dégustation d’un vin choisi par vos libraires en concertation avec l’auteur invité. Tóth Bálint, de chez Veritas, nous a présenté le Vylyan Csóka 2016. Nous avons appris que le Csóka est un cépage autochtone, encore plus ancien que le Kadarka, qui aurait totalement disparu sans les efforts du domaine de Vylyan et de l’Institut de viniculture et d’œnologie de l’Université de Pécs. Son nom « csóka » (choucas des tours, corbeau choucas ou encore corneille des clochers) reflète sa couleur foncée. Ses notes à la fois fruitées et épicées ont été unanimement appréciées.


Franck Mercier, qui a rejoint l’équipe de Latitudes il y a quelques mois, a lancé la discussion avec Michel Levaï en l’interrogeant sur le titre de son livre. En effet, l’absence de point d’interrogation intrigue plus d’un lecteur, et le parallèle avec le titre du livre d’Edouard Louis, Qui a tué mon père, auquel Michel Levaï fait explicitement référence n’est pas anodin. Michel Levaï a expliqué qu’il a eu beaucoup de mal à trouver un titre et que la lecture du livre d’Edouard Louis a été comme une révélation.

Comme Edouard Louis il a voulu proposer un livre à la fois fort dont le titre attire l’attention et laisse entendre qu’il sait très bien qui a tué sa mère. Sa mère a simplement commenté ce titre en disant « Oui, c’est ça ». Ses personnages sont eux aussi victimes de la grande et de la petite histoire. Il considère son livre comme un récit, une histoire très personnelle basée sur des souvenirs très intimes et non pas comme un roman. Il explique avoir suivi une démarche similaire à celle de Michel Rostain avec Le Fils Goncourt du premier roman en 2011, à savoir partir d’une histoire très personnelle et faire un gros travail d’écriture, sur la langue et la construction du récit. Il avoue avoir écrit, parfois juste pour se faire plaisir, et beaucoup jeté, « c’était un sujet avec beaucoup de pièges, beaucoup d’embûches possibles, il fallait naviguer très prudemment et il était pour moi très important de laisser des blancs, de laisser des espaces au lecteur pour qu’il se fasse sa propre idée ».

A l’évocation du fait que l’un des thèmes du livre est la difficulté des relations humaines et des relations à l’intérieur de la famille, Michel Levaï explique qu’il a écrit ce livre à une période où il se séparait de son épouse. L’écriture lui permettait de dépasser, surmonter cette histoire qui répétait celle de ses parents dont il a réalisé l’impact qu’elle a eu sur lui en venant présenter son livre. Pour lui, comme le démontre Edouard Louis dans Histoire de la violence, l’écriture permet de dépasser la violence des relations humaines et de pallier le manque de communication. « La littérature naît souvent quand la violence est là et qu’elle étouffe ».


Franck Mercier fait remarquer que le livre évoque des conversations mais sans jamais vraiment restituer les dialogues comme s’il était particulièrement difficile de restituer la communication ce dont Michel Levaï ne s’est pas vraiment rendu compte. Il souligne qu’il n’a pas fait exprès et qu’il trouve intéressant que les choses lui échappent. Il a été le plus sincère possible et a voulu donner une dimension théâtrale à son livre en faisant entendre des voix et en variant le plus possible les interventions et les points de vue et reconnaît que les dialogues ne sont pas venus naturellement. « La littérature existe, elle est la plus belle, la plus resplendissante, la plus flamboyante quand elle est lue, quand elle est dite sur une scène par des acteurs en chair et en os ». Michel Levaï explique qu’il a commencé comme professeur de langue et qu’il a très vite compris que faire jouer et parler, mettre en scène, les élèves est non seulement un plaisir pour l’enseignant mais que cela permet aux adolescents de s’exprimer et libérer leur parole. S’il n’a pas écrit une pièce de théâtre, c’est qu’il avait besoin du récit pour rendre les scènes les plus vivantes possibles mais il n’exclut pas la possibilité de transformer ce récit en pièce de théâtre. Le temps manque, d’autant qu’il pense à un nouveau livre dans lequel il raconterait la vie de son père, la petite histoire, telle qu’il la raconte, d’un jeune de 18 ans qui quitte la Hongrie dans la grande histoire de la Révolution de 1956 et sur fond d’un thème très actuel, celui de la migration.
 
Le livre évoque également la double culture, franco-hongroise, de Michel Levaï et décrit son installation à Budapest comme une seconde naissance. Il explique qu’il a grandi dans les récits, son père était un grand conteur d’histoires qui ont éveillé son intérêt pour la Hongrie. Il considère comme une chance que son père ait fait le chemin de Budapest à Paris qui l’a, lui, amené à faire le chemin inverse. « C’est une histoire d’Europe, d’échanges, d’échanges culturels pour mon plus grand bonheur ».
 
Un chapitre entier du livre est consacré à la lecture avec l’évocation de plusieurs auteurs comme Frank McCourt (Les cendres d'Angela), Orhan Pamuk (Neige), Driss Chraïbi (Passé simple), Mo Yan (La Mélopée de l'ail paradisiaque) ou encore Haruki Murakami (Danse, danse, danse, Après le tremblement de terre, Kafka sur le rivage, Chroniques de l'oiseau à ressort). Tous sont des auteurs étrangers, tous ont à un moment ou un autre marqué Michel Levaï, lui ont donné un coup de fouet et envie de changer sa vie, de régler un problème, de passer une étape. Haruki Murakami est celui qui est le plus évoqué parce qu’il a une simplicité déconcertante pour enchaîner son récit, entraîner tout doucement le lecteur dans quelque chose d’incroyable et de sidérant et le bouleverser sans jamais donner de réponse. « Avec la magie de son verbe et de son imagination, il nous entraîne sur un terrain très intime, très sensible ».


Pour clore la soirée, Michel Levaï a partagé ses coups de cœur de lecture récents :

  • Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu : « un travail sociologique très bien construit, des vies banales dans lesquelles je me suis reconnu, un vrai bonheur de lecture »
  • Frère d’âme, de David Diop, « un très beau récit quasi théâtral, j’aimerais avoir cette même qualité d’écriture »
  • L’art de perdre, d’Alice Zeniter : « j’avais beaucoup aimé Sombre dimanche, je suis en plein dedans et je recommande »
  • Ellis Island de Georges Perec : « j’étais venu écouter Frédéric Boyer [à la librairie Latitudes] et j’avais acheté ce livre, un très beau récit sur la migration, j’aimerais bien avoir cette limpidité dans l’écriture ».

Budapest, 6 février 2020 (Flora Dubosc)

Frédéric Boyer

Le 28 novembre 2019, la librairie Latitudes a fêté son quinzième anniversaire. A cette occasion était invité Frédéric Boyer, traducteur, auteur, éditeur. Au début de la discussion avec lui qu'elle animait, Kinga László a indiqué que sa présence était liée à l'exposition Egyszer volt, sokszor volt (Il était plusieurs fois) qui se tenait au Műcsarnok.

Elle a rappelé que cette exposition n'était qu'un des volets du travail de Frédéric Boyer autour de la Bible. Il a précisé que le projet de la Bible des écrivains sortie en 2001 avait commencé par hasard. Alors qu'il était professeur de littérature comparée on lui a proposé de travailler sur les textes bibliques pour les faire comprendre aux contemporains. Des amis écrivains comme Emmanuel Carrère ou Jean Echenoz l'y ont encouragé et ont participé avec près d'une cinquantaine de personnes (écrivains et exégètes) pendant 7 ans à la traduction de toute la Bible. Ce travail considérable (Frédérique Boyer est convaincu qu'aujourd'hui une telle entreprise serait impossible!) a suscité des débats sur ce qu'est une traduction. Frédéric Boyer évoque les réactions parfois violentes, menaces de mort y compris, auxquelles il a dû faire face. Il attribue cette violence au fait qu'ils se sont confrontés à 2 000 ans de tradition et d'attachement à un langage, à des mots que la traduction qu'ils proposaient remettait parfois en cause, ce qui peut être bouleversant pour les personnes.

Après avoir évoqué son activité de traducteur (y compris de traducteur du Kâmasûtra, travail pour lequel il a appris le sanscrit, qui est, précise-il, avant tout un manuel de vie avec un chapitre parmi beaucoup d’autres sur les positions sexuelles), Kinga László a abordé avec lui celle d'écrivain. Frédéric Boyer s'est défini comme un écrivain en chantier, avec comme tâche permanente, celle de la traduction : « il faut avoir la capacité de traduire le monde et de se traduire soi-même ». Pour lui cette tâche de traduction tout le monde doit la faire dans un effort de transmission et de compréhension mutuelle. « Il faut se traduire soi, traduire les autres, il n’y a pas de relation humaine, pas de communauté, même pas d’institution sans ce travail de la traduction entre nous, et traduire le monde ».

 

Kinga László a rappelé qu'il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, romans, essais, poésie... Parmi ceux-ci elle a choisi de l'interroger plus spécifiquement sur deux de ses livres qui ont comme point commun d'être en relation avec son expérience d'enseignement en prison : En prison et Des choses idiotes et douces (P.O.L). Frédéric Boyer considère que ces 5 années pendant lesquelles il a enseigné la littérature à des détenus, notamment à la prison de la Santé à Paris, constituent une expérience bouleversante mais fondatrice. Il insiste à cette occasion sur le fait que la littérature a un pouvoir de salut pour des personnes qui se sentaient abandonnées, qui avaient un rapport douloureux au langage, qu'elle a une force d'action sur la vie des femmes et des hommes, sur le monde en général. « Quand on écrivait des épopées, ce n’était pas pour s’amuser, c’était en quelque sorte pour dompter notre rapport au monde, inventer un langage commun pour faire une communauté... ça doit rester ça la littérature ».

Kinga László lui demande ensuite s'il peut conseiller plus particulièrement un de ses livres parmi l'ensemble de ceux qu'il a écrits. Il en évoque deux. D'abord Comme des anges qu'il présente comme l'épopée de sa propre famille, une famille modeste, une histoire qui commence à Nice dans les années 1960. Ensuite il propose Vaches, un texte « court et facile », dit-il, une évocation poétique de cet animal qu'il aime. Kinga László lui demande s’il accepterait de lire un extrait d’un de ses livres. Il s’est prêté volontiers à l’exercice en choisissant un passage de Là où le cœur attend.

Est enfin abordée la fonction de directeur de la maison d'édition P.O.L que Frédéric Boyer exerce depuis 2018 suite au décès accidentel de Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur de cette maison en 1983. Frédéric Boyer évoque les raisons qui ont poussé Paul Otchakovsky-Laurens à la créer. Il dirigeait chez Hachette une collection dans laquelle il a notamment publié La Vie mode d'emploi de Georges Perec en 1978. Il ne se considérait cependant pas assez libre là où il travaillait et a donc créé sa propre maison à laquelle il donne comme nom ses initiales. C'est Paul Otchakovsky-Laurens qui a demandé à Frédéric Boyer, une dizaine d’année avant son décès, de prendre sa succession. Il dit l'avoir reprise parce qu'il en avait fait la promesse et qu'il s'efforce de faire en sorte que la maison reste ce qu'elle est, sans comité de lecture et sans attaché de presse et focalisée sur la littérature contemporaine et la poésie. Frédéric Boyer précise qu'ils reçoivent environ une trentaine de manuscrits par jour et que chaque semaine il lit (parfois seulement survole, concède-t-il) une vingtaine de manuscrits d'auteurs nouveaux, plus ceux d'auteurs déjà publiés chez P.O.L ainsi que d'autres livres, ce qui nécessite une grande disponibilité d'esprit. Il se dit toujours angoissé de louper quelque chose. 

Pour lui, P.O.L est une maison très attachante avec des auteurs qu'il qualifie d'importants comme Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Valère Novarina « qui devrait être Nobelisé », Georges Perec dont « Ellis Island est un best-seller de la maison » et des poètes comme Christian Prigent, Pierre Alfieri, Olivier Cadiot. Mais à la question de Kinga László sur ses auteurs favoris chez P.O.L, il refuse de se prononcer, évoquant un devoir de réserve lié à sa fonction. « L’écrivain favori c’est toujours le dernier qu’on a publié, c’est le premier roman qu’on vient de lire et qu’on a envie de faire lire à tout le monde ». En revanche il accepte volontiers d'évoquer son dernier plaisir de lecture. Il s'agit du livre de Bruno Remaury Le Monde Horizontal, paru chez Corti dans lequel l'auteur propose un parcours qui va de l'art pariétal à Lascaux au monde des mineurs au début du vingtième siècle. Frédéric Boyer le considère comme un livre magnifique avec une forte puissance d'évocation.

A l’issue de la discussion, les participants ont été invités à un cocktail dînatoire préparé par l’équipe du café Dumas et une vingtaine d’entre eux ont participé à une visite privée et nocturne de l’exposition « Il était plusieurs fois » commentée par l’auteur au musée Műcsarnok.


Budapest, 28 novembre 2019 (Franck Mercier)

Amélie Poinssot

La soirée Un livre-Un vin du 7 novembre 2019 a commencé, une fois n'est pas coutume, avec un retard assez conséquent, nécessaire pour permettre à tous les participants de parvenir jusqu'à la librairie malgré les restrictions drastiques de circulation pour les voitures, pour les transports en commun mais aussi pour les piétons, imposées par la visite à Budapest du président turc ce jour-là ! Malgré cela c'est une bonne trentaine de personnes qui étaient présentes à la dégustation du vin et à la présentation du livre.

 
C'est le sommelier Mátyás Szik qui a lancé la soirée en présentant le vin choisi pour cette occasion, un vin rouge hongrois : Inni jó 2017, Ipacs-Szabó (Villány). Il a notamment raconté l'anecdote à l'origine de ce nom. Lors d'une dégustation le vigneron a fait goûter le vin du bout du doigt à l’un de ses fils âgé de 3 ans qui s'est exclamé « inni jó » : « c'est bon de boire » ce qui a fait sensation et a été retenu comme appellation pour cette cuvée.

 
La soirée s'est ensuite poursuivie par la présentation du livre d'Amélie Poinssot Dans la tête de Viktor Orbán (Actes Sud, 2019), présentation animée par Joël Le Pavous, auteur du Dictionnaire insolite de la Hongrie (Cosmopole, 2019), invité de la précédente édition des soirées Un livre-Un vin.
Amélie Poinssot rappelle sa formation d'historienne avec une spécialisation sur l'Europe centrale, plus particulièrement sur l'ex-RDA, mais avec une connaissance pointue également de la Pologne où son activité de journaliste l'a amenée à résider. Elle a eu envie d'écrire un livre sur cette Europe centrale et plus particulièrement sur la trajectoire et la personnalité de Viktor Orbán qu'elle souhaitait replacer dans un contexte national, régional et européen. Elle s'est intéressée au temps long, avec une approche historique et politique. Elle fait part des difficultés qu'elle a rencontrées auprès de différents éditeurs qui n'ont pas montré d'intérêt pour son projet en particulier mais, déplore-t-elle, pour l'Europe en général. Finalement elle a pris contact avec les éditions Actes Sud qui justement se trouvaient à la recherche d'un auteur pour un livre sur la Hongrie dans le cadre de la collection « dans la tête de » qui regroupe notamment des livres sur Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdoğan mais aussi le pape François.

Elle s'est ensuite attachée à présenter certains éléments de son livre, tant dans sa démarche que dans le contenu. Elle a notamment évoqué les entretiens qu'elles avaient menés avec des proches de Viktor Orbán. Elle considère qu'elle a bénéficié de plusieurs atouts pour les obtenir : ni elle ni Médiapart, pour qui elle travaille, ne sont réellement connus en Hongrie, elle était la première à proposer un livre en français sur Viktor Orbán, sa connaissance de l'Europe centrale et plus particulièrement le fait d'avoir vécu en Pologne et de parler le polonais, ce qu'elle n'a pas manqué de mettre en avant. Au-delà des informations qu'elle a pu obtenir de ces entretiens pour l'élaboration de son livre, ce qui l'a marquée c'est la manière assez récurrente qu'avaient ses interlocuteurs de commencer par des rappels et des explications sur l'histoire de la Hongrie. Elle déplore le fait de ne pas avoir pu s'entretenir avec Viktor Orbán lui-même, plus, pense-t-elle, par faute de temps de sa part à elle que par manque de volonté de sa part à lui.
 
Elle a rappelé les quatre moments qui, selon elle, constituent des moments-charnières, des bascules dans le parcours de Viktor Orbán. Le premier est la fin des années 1980 avec la création du Fidesz comme organisation de jeunesse opposée au régime et à l'occupation soviétiques et soucieuse de créer des cercles de liberté. Le deuxième se situe autour de 1993-1994, avec l'élection des premiers députés du Fidesz et la disparition du premier ministre József Antall. Amélie Poinssot considère qu'à ce moment-là il y a un calcul de la part de Viktor Orbán qui se rend compte que dans le camp libéral il y a beaucoup de monde mais qu'il y a une absence de leadership chez les conservateurs ce qui le conduit à infléchir l'orientation de son mouvement. La troisième bascule correspond à la défaite de Viktor Orbán en 2002 après son premier mandat en tant que chef du gouvernement. Selon Amélie Poinssot Viktor Orbán ne comprend ni n'admet cette défaite et fait tout pour revenir au pouvoir et s'y maintenir durablement en faisant du Fidesz le représentant de la Hongrie traditionnelle et en affirmant que la nation ne peut pas être dans l'opposition. La quatrième bascule correspond à la crise des migrants de 2015 que selon l'autrice Viktor Orbán utilise pour se présenter comme le défenseur de l'identité hongroise et européenne, une identité chrétienne.

Dans une de ses relances, Joël Le Pavous propose une série de qualificatifs pour définir Viktor Orbán : « populiste », « souverainiste », « extrémiste »... Amélie Poinssot considère qu'il n'est pas simple de le définir en un mot. En tout cas elle réfute le terme de « populiste » lui préférant des mots comme « démagogie », « opportunisme », « nationalisme », « instrumentalisation ».
Amélie Poinssot a aussi rappelé que dans ses discours Viktor Orbán se projetait jusqu'en 2030. Toutefois elle évoque les élections municipales récentes qui ont vu l'union des forces d'opposition qui a conduit à leur victoire notamment à Budapest et dans plusieurs grandes villes. Pour elle tout n'est donc pas figé même si elle souligne que Budapest n'est pas la Hongrie et que la dichotomie entre la capitale et la province est importante.

Budapest, 7 novembre 2019 (Franck Mercier)

Avec le soutien du

Joël Le Pavous

Le jeudi 3 octobre 2019, une soirée Un livre - Un vin a été organisée à la librairie. Le vin, un Tokay Szamorodni sec (Disznókő, 2015), a été présenté pour la dégustation par le sommelier Mátyás Szik (trois fois champion du Concours de meilleur sommelier de Hongrie). Joël Le Pavous, quant à lui, est venu parler de son livre Dictionnaire insolite de la Hongrie paru aux éditions Cosmopole.

 

Ce livre fait partie d'une collection que connaissait l'auteur et c'est lui qui a fait la démarche auprès de l'éditeur en proposant d'en écrire un sur la Hongrie. La liste de notices a été amendée tout au long de l'élaboration du dictionnaire avec un dialogue permanent entre l'auteur et l'éditeur pour trouver un équilibre entre les différentes thématiques incontournables dans la collection (histoire, culture à la fois classique et populaire, politique, société...) et aboutir à un ensemble d'environ 200 notices comprenant entre 800 et 1500 caractères, cette variété des formats étant une des recommandations éditoriales pour rompre une certaine monotonie et ne pas ennuyer le lecteur.

Pour un certain nombre de notices Joël Le Pavous a utilisé des informations qu'il avait déjà recueillies pour des articles qu'il a publiés précédemment (par exemple sur l'origine hongroise du mot « allo » ou sur les inondations de 1879 à Szeged et l'élan de solidarité international qui a suivi pour la reconstruction). Il a aussi puisé dans ce qu'il a vécu personnellement notamment au cours des reportages qu'il a effectués dans le cadre de son activité de journaliste. Elle lui a donc été particulièrement utile pour la réalisation de son livre dans le choix des sujets, dans le fond donc, mais pas seulement, dans la forme aussi puisqu'il considère que le journaliste, dans ses articles, doit rendre le plus accessible et compréhensible possible les sujets qu'il traite, ce qui était aussi l'objectif avec les notices du dictionnaire.

Cette activité de journaliste, Joël Le Pavous l'exerce à Budapest depuis novembre 2013. Il a commencé par y réaliser des portraits de Français installés en Hongrie. Il est actuellement le correspondant en Hongrie de Courrier International, une vigie chargée de réaliser des revues de presse à partir de la presse hongroise. Il considère que la situation politique hongroise est une source d'inspiration hallucinante. Il travaille également avec d'autres médias francophones dans la presse comme le Télégramme de Brest ou Le Temps, un journal helvétique mais aussi des télévisions françaises et belges en particulier avec principalement des sujets politiques.

Pour Joël Le Pavous ce Dictionnaire insolite de la Hongrie est un « pot pourri de son savoir et de ses expériences », la matérialisation de ces expériences accumulées en Hongrie, tant professionnelles que personnelles : il a épousé une hongroise et c'est à son contact et à celui de sa belle-famille qu'il a appris le hongrois, sans toutefois dit-il avoir réussi à masquer son accent français. Il espère faire bien ressentir dans son ouvrage qu'il a tissé des liens particuliers avec le pays. Il se dit très content d'avoir publié dans cette collection et très ému de voir son nom sur ce livre, paru avec un peu de retard sur ce qui avait été prévu initialement mais il n'en est pas mécontent dans la mesure où le livre est sorti le 15 mars, comme un clin-d'œil au sujet qu'il aborde puisque, précise Joël Le Pavous, il s'agit d'une des fêtes nationales hongroises.

Il a aussi confié qu'un de ses rêves serait de rééditer son Dictionnaire insolite de la Hongrie en y ajoutant des notices (par exemple autour d'une anecdote que lui a rapportée son épouse au sujet du pont Megyer au nord de Budapest qui a failli s'appeler pont Chuck Norris  ou bien une autre sur l'humoriste Hofi Géza), mais pour cela il est nécessaire que la première édition atteigne un nombre d'exemplaires vendus de 3000. Un autre rêve serait pour lui qu'une traduction en hongrois voie le jour.

Budapest, 3 octobre 2019 (Franck Mercier)

Présentation d’un livre unique

Le 25 septembre 2019, les éditions Scolar et Vivandra ont présenté la traduction hongroise de « Bible, récits fondateurs » à la librairie Latitudes.

Transmettre la Bible aujourd’hui, c’était le but de la maison d’édition Bayard, quand elle a proposé une nouvelle rencontre avec la Bible et les récits fondateurs de l’Ancien Testament pour la jeune génération avec une série de films d’animation de 35 épisodes de 4 minutes. Elle a choisi pour ce projet deux auteurs de renom : Frédéric Boyer pour le raconter et Serge Bloch pour le dessiner. Frédéric Boyer avait déjà établi  sa connaissance encyclopédique de la Bible en dirigeant et menant à bien en 2001 le projet de Bible des écrivains avec une équipe de 20 écrivains francophones et 27 exégètes. L’écrivain, poète et traducteur Frédéric Boyer consacre une grande partie de son temps à la lecture, l’interprétation, la traduction et la transmission de textes anciens. Il lit le grec ancien, l’hébreu, le latin et le sanscrit. Il a récemment traduit les « Géorgiques » de Virgile (paru chez Gallimard) ou encore les « Confessions » de Saint Augustin. La traduction et l’interprétation sont pour lui des activités vitales. Dès le début de leur travail sur la série de dessins animés, les deux auteurs ont eu la conviction que ces histoires devraient aussi faire l’objet d’un livre : près de 2000 dessins et un texte succinct allant à l’essentiel composent ce livre unique.

Lors de cette présentation animée par Andrea Illés des éditions Scolar, Tamás Fabiny (évêque luthérien) et Sándor Békési (théologien) ont fait l’éloge de ce livre en expliquant qu’il est unique parce qu’il simplifie sans être simpliste. Il interprète, met en contexte ces récits fondateurs. Il offre un juste équilibre entre texte poétique et dessins qui œuvrent ensemble à enrichir ces histoires et à en donner l’accès au plus grand nombre ce qui est essentiel. Ces histoires, qui sont polémiques et qui soulèvent des  questions délicates, ne doivent pas rester enfermées dans les murs d’une Eglise ou d’une autre.

Utilisant le terme latin d’humilitas, les intervenants ont également souligné l’humilité de ce livre dont l’harmonie entre le texte magnifique et les dessins simples mais très parlants est telle qu’il est difficile de déterminer qui est venu en premier, le verbe ou l’image. Ils ont aussi évoqué l’exploit réalisé par Serge Bloch en illustrant un Psaume, ce qui semble pourtant au premier abord impossible.

Tant Tamás Fabiny que Sándor Békési ont insisté sur le fait que c’est un livre qui appelle à la discussion. Un livre avec lequel il faut s’assoir, qu’il faut lire et regarder avec ses enfants en leur demandant : que vois-tu dans ce dessin ? Les dessins, qui sont non seulement éloquents, mais aussi pleins d’humour, comme le texte, transposent les histoires dans le monde d’aujourd’hui. Les rapprochent de nous. Pour illustrer ces propos, Sándor Békési a choisi de montrer le dessin de Noé qui compte les jours et l’image des remparts de Jéricho qui s’effondrent.

Pour mettre en évidence la beauté du texte et son caractère percutant, tout en louant la traduction de Zsolt Pacskovszky, Tamás Fabiny a cité quelques titres de chapitres comme « Le combat de Jacob, ou le corps à corps avec Dieu » (Jákob harca, avagy kézitusa Istennel), « Job, ou le scandale de l’innocence » (Jób, avagy a botrányos ártatlanság) en remarquant que ces titres lui donnent envie de prêcher.

Tamás Fabiny et Sándor Békési ont tous deux souligné la connaissance profonde de la théologie qui sous-tend le livre, complimenté le chapitre « Lectures » à la fin du livre qui propose au lecteur des pistes pour aller plus loin et la justesse avec laquelle il commence par l’évocation de l’exil à Babylone qui se termine par la phrase « je me souviens d’une très vieille histoire que je vais vous raconter » pour enchaîner avec grande sincérité avec « comment tout a commencé, nous ne le saurons jamais ». Ils ont également évoqué Paul Ricoeur et ses propos au sujet du verbe qui est au commencement de tout  en attirant notre attention sur les premières pages du livre sur lesquelles le mot Bible apparait une lettre après l’autre. Une mise en forme qui reflète le mode de pensée de l’ancien testament.
Concernant la structure du livre, les intervenants ont remarqué que les 10 commandements se trouvent très exactement au milieu du livre, mais que ces tablettes de pierre ne sont pas effrayantes. Les dix commandements ne sont pas perçus seulement du point de vue de l’interdiction, de la punition, mais aussi de la liberté. La liberté qui ne va pas sans responsabilité.
Pour conclure, Tamás Fabiny et Sándor Békési  ont cité un certain nombre de phrases qu’ils jugent particulièrement belles comme :

C’est le temps donné pour en finir avec le mal et l’oppression. Il n’y a pas d’autre dénouement possible que le pardon.
Garde le livre jusqu’à la fin. Beaucoup le liront. Le temps du livre est celui de la compréhension.
Mais ne dit-on pas que les hommes ne sont que poussière ? L’espoir et le pardon font que les hommes ne restent pas poussière.

Cette présentation de livre a été comme le livre lui-même : légère et riche à la fois.  
Pour conclure, nous ne pouvons que reprendre  les propos tenus par Philippe Bordeyne, Recteur de l’Institut catholique de Paris, lors de la présentation du livre à Paris en 2016 : « Ce que je ferais, c’est qu’avec les étudiants, je les aiderai à voir que derrière ce texte extrêmement simple, il y a tout un travail, qui est le travail d’une personne, d’une équipe mais qui est aussi le travail de la parole en nous… et ce travail appelle au travail. … Alors moi, j’ai beaucoup appris. »

Le 25 septembre 2019
(László Kinga)
 

Lire en toute latitude

A la demande de plusieurs clients, nous vous proposons à partir du mois d’octobre 2019 un club de lecture en français.

Pour qui ?

Tout le monde ! Il suffit d’aimer lire.

Pour quoi ?

Pour se retrouver en bonne compagnie et parler d’un livre lu en français, d’une œuvre, de nos coups de cœur de lecture.

Quand ?

Toutes les 6 semaines le mardi à 18h30
• Club #1 : Mardi 8 octobre 2019 : Les crayons de couleur de Jean-Gabriel Causse (J'ai Lu, 2018)
• Club #2 : Mardi 19 novembre 2019 : Désorientale de Négar Djavadi (Liana Levi Piccolo, 2018)
• Club #3 : Mardi 7 janvier 2020 : Comment vivre en héros ? de Fabrice Humbert (Gallimard Folio, 2019)
• Club #4 : Mardi 18 février 2020 : Jacob, Jacob de Valérie Zenatti (Points, 2016)
• Club #5 : Mardi 31 mars 2020 : Limonov d'Emmanuel Carrère (Folio, 2013)
• Club #6 : Mardi 12 mai 2020
• Club #7 : Mardi 23 juin 2020

Où ?

A la librairie Latitudes, au rez-de-chaussée de l’Institut français, Fő utca 17. 1011 Budapest.

Quels livres ?

Les libraires de la librairie Latitudes vous proposent un livre que vous pourrez acheter dès la fin du mois d’août 2019 pour le club du mois d’octobre. Puis, à chaque rencontre elles proposeront le livre du club suivant. Toutes vos suggestions de lectures partagées sont les bienvenues.
Nous pensons aux auteurs suivants : Metin Arditi, Jean-Marie Blas de Roblès, Jean-Gabriel Causse, Marie Darrieussecq, Négar Djavadi, Benoit Duteurtre, Gaël Faye, Fabrice Humbert, Denis Lachaud, Marie-Hélène Lafon, Marie Ndiaye, Christophe Ono-dit-Biot, Thomas B. Reverdy, Isabelle Spaak, Chantal Thomas, Martin Winckler,  Valérie Zenatti ...

Combien ?

Rien. Aucune cotisation ne vous sera demandée, il vous suffit d’acheter le livre et de venir, avec une bouteille d’eau, de jus de fruit ou de vin, quelque chose à grignoter si le cœur vous en dit.

Les adhérents à l'association Petits Mousquetaires bénéficient d'une remise exceptionnelle de 15% sur les livres sélectionnés pour le club.

Jean-Marie Cador

Jean-Marie Cador a été le héros de notre dernière soirée Un livre – Un vin d’avant l’été.

Le livre dont il a été question était Lettres de mon vélo et pour la dégustation, l’écrivain cyclopédiste comme il aime à se définir, avait choisi Le Tour de Dúzsi, Cuvée 2015, un vin produit par un ancien cycliste sur route. Selon Dúzsi Tamás, ce vin se veut un tour à vélo des saveurs et des cépages emblématiques  de  la région de Szekszárd où il est produit (kékfrankos - merlot - cabernet – zweigelt). Jean-Marie Cador a fait remarquer que l’étiquette de ce vin « montre un cycliste qui monte et qui a une bonne descente ».

 

Jean-Marie Cador a été introduit par Yannick Sicre qui a chanté les louanges de son ancien collègue et ami. Il a évoqué l’époque bénie des années 60 à 80, celles du tour de France pendant lequel « tout le pays oubliant les soucis du quotidien vibrait le temps d’un été aux épopées épiques de Merckx, Poulidor, Pingeon, Thévenet, Hinault, ou d’autres coureurs moins reconnus par la postérité » et celles pendant lesquelles Jean-Marie  Cador a découvert les Lettres de mon Moulin d’Alphonse Daudet, « lecture incontournable à défaut d’être obligatoire ».


Yannick Sicre a également retracé le parcours littéraire de Jean-Marie Cador mentionnant sa première œuvre Puisque c’est comme ça ma p’tit reine j’m’en retourne chez ma mère dans laquelle il raconte le périple (à vélo bien sûr) qui l’a « emmené des rives du Danube en Normandie dans des conditions dantesques dignes par moments du Liège-Bastogne-Liège » (pour les non-initiés : très ancienne course de vélo sur routes souvent pavées) ainsi que Novellavelo et Jeux de mots, jeux de vélo, recueil de poèmes et « exercice de style à la Raymond Queneau » et son dernier recueil Lettres de mon vélo inspiré des Lettres de mon moulin, « bilan d’une expérience que Jean-Marie Cador partage avec ses amis. Collègues, élèves, amis, famille, nous sommes tous dans le bienveillant collimateur de Jean-Marie et de son œil d’artiste aiguisé... Ces lettres sont avant tout des récits dont s'exhale le délicieux parfum de ce retour à la nature que prêchaient Montaigne et Rousseau et qu’il a réalisé dans son goût pour les équipées sauvages. Dans la joie simple de pédaler. Jean-Marie fait sienne la formule d’Antoine Blondin « un coup de pédale ajoute au paysage ». Chacun peut se reconnaître dans « les personnages ordinaires, qui portent en eux de l’extraordinaire » croqués par Jean-Marie Cador.

Jean-Marie Cador, nous a ensuite lu un texte écrit par « un copain très mal en point » à qui il a dédié la soirée puis un texte écrit par son ami Alain Leylavergne, professeur de lettres, auteur de théâtre qui écrit aussi les préfaces de ses livres. Il a émaillé la lecture de ce texte qui raconte avec humour et érudition l’histoire de la bicyclette et dresse un portrait de lui fort élogieux, de jeux de mots de son cru. Jean-Marie Cador a souligné qu’il était beaucoup question de lui et citant Maïakovski il a demandé « de qui parler d’autre que de soi-même ? ».

Répondant aux questions du public, Jean-Marie Cador a parlé des lectures qui l’ont inspiré notamment de la correspondance d’Hemingway (qui l’a déçu), des lettres échangées par Albert Camus et María Casares qu’il considère comme les plus belles lettres d’amour qu’il y ait. Il a expliqué que son recueil est une sorte d’hommage aux Lettres de mon moulin (le moulin est l’un des nombreux noms du vélo) publiées il y a tout juste 150 ans et qu’il a découvertes d’abord par un disque de Fernandel, mais aussi le résultat de sa volonté d’utiliser la technique épistolaire ou épistolière. C’est le livre qui lui a pris le plus de temps, c’est aussi le premier qu’il a écrit à l’ordinateur, en prenant beaucoup de notes.

Il a aussi parlé avec enthousiasme et emphase des sensations visuelles, olfactives, auditives, ressenties lors des balades à vélo, à condition de prêter attention, et des bienfaits de la randonnée à vélo qui incite à la réflexion philosophique et à aimer la vie. Il a ensuite raconté sa rencontre avec Bernard Hinault lors d’une semaine « Il va y avoir du sport » organisée à Budapest en 1994 ou 1995 sous l’égide de l’Ambassade de France. Invité à la réception à l’Ambassade de France, il avait été placé à côté de Bernard Hinault avec lequel il a pu, à son plus grand bonheur, parler ... de cyclisme. Mettant les formes, Madame l’ambassadrice a demandé à Bernard Hinault « qu’est-ce que ça fait quand vous êtes tout seul devant le peloton et que vous menez la course ? » Réponse du tac au tac du champion : « O ben ma bonne dame, quand on a 60 mecs au cul hein, ben on pense pas à réfléchir, on met le nez dans le guidon et on pédale !».


Avant de monter au premier étage de l’Institut pour présenter son exposition, que vous pouvez voir jusqu’au 6 juillet, Jean-Marie Cador a eu quelques envolées lyriques en évoquant les grands cyclistes comme Jacques Anquetil et la pointe de sa chaussure toujours vers le bas, Charly Gaul ou encore Bahamontes l’aigle de Tolède, leur allure sur leur monture, leur beauté et leur façon de faire du vélo.


Cette soirée empreinte de bonne humeur et émaillée de bons mots a été rendue encore plus festive par belle-maman Cador qui nous avait préparé une montagne de ses fameux stangli et Pintér Laci qui a offert les petits fours.
 
Budapest, le 6 juin 2019 (Flora Dubosc)

Jean-Pierre Pécau

La soirée Un livre – Un vin du 9 mai 2019 a été organisée à l'occasion du Festival international de la Bande dessinée de Budapest. La librairie a accueilli Jean-Pierre Pécau, auteur français de plusieurs séries de bandes dessinées. Professeur d'histoire à l'origine (« de manière anecdotique » affirme Jean-Pierre Pécau !), il est venu à la bande dessinée via les jeux de rôles. Maître de jeu et concepteur de jeux de rôles, il a été repéré par un dessinateur qui lui a dit son intérêt pour ce qu'il faisait et qu'un de ses scénarios notamment devrait être édité. A la soirée était aussi présent Lajos Farkas, dessinateur hongrois et illustrateur de trois volumes écrits par Jean-Pierre Pécau : deux dans la série Jour J (La ballade des pendus et Le dieu vert) et un dans la série L'Homme de l'année (1440 : l'homme qui arrêta Barbe Bleue).

Les deux séries reposent sur des concepts très différents. Pour L'Homme de l'année, Jean-Pierre Pécau indique qu'il s'appuie le plus possible sur l'état des connaissances historiques concernant le personnage mis en avant. C'est le directeur de collection Fred Blanchard qui choisit les thèmes et les propose. Pour Jour J Jean-Pierre Pécau dit qu'il a plus de latitude pour laisser libre cours à son imagination et à sa fantaisie puisqu'il s'agit d'uchronie. A partir d'un événement, il invente ce qui aurait pu se passer si les choses avaient basculé dans une autre direction.
 

Un des principaux intérêts de la soirée a résidé dans le fait que scénariste et dessinateur de ces bandes dessinées se rencontraient physiquement pour la première fois. Le travail de collaboration pendant la création de la bande dessinée s'était fait uniquement par l'intermédiaire d'un traducteur et l'utilisation d'internet. Jean-Pierre Pécau a souligné combien les nouvelles technologies avaient permis de révolutionner la production dans le 9e art ! Lajos Farkas a déploré le manque de communication directe que ce mode de fonctionnement pouvait générer (en recevant le scénario il aurait par exemple aimé pouvoir parler de certains lieux avec le scénariste). Il a toutefois lui aussi insisté sur le fait qu'internet était un outil indispensable pour lui, non seulement pour communiquer mais aussi surtout pour trouver des informations sur l'époque, les lieux et bâtiments à dessiner. Cela évite les déplacements et les longues heures de recherche en bibliothèque.


Pour l'apparence physique des personnages Lajos Farkas a reçu en même temps que le scénario des photos pour lui donner une idée de ce que devrait être la Jeanne d'Arc que voulait l'auteur. Mais il s'inspire aussi parfois de personnes de son entourage, par exemple pour le personnage de Villon dans La ballade des pendus, il a fait un « mix » des traits de deux de ses proches. Lajos Farkas a aussi précisé qu'il ne réalisait les dessins qu'en noir et blanc, au rythme d'une planche par semaine en moyenne, celles contenant notamment d'importants éléments architecturaux nécessitant davantage de temps. La colorisation est faite par quelqu'un d'autre de même que les bulles. Il s'agit donc d'un travail de longue haleine avec de nombreux intervenants, parfois très éloignés les uns des autres. Jean-Pierre Pécau a laissé entendre que le recours à des dessinateurs d'Europe de l'Est par les éditeurs d'Europe occidentale répondait en partie à des considérations pécuniaires.
La soirée avait débuté par la dégustation d'un vin rouge hongrois, un Vylyan Ördög 2015. Dans son introduction de la soirée et dans sa présentation du vin, Flora Dubosc a précisé que le choix du vin était une sorte de clin d'œil au personnage mis en accusation dans 1440 : l'homme qui arrêta Barbe Bleue, dans la mesure où ördög signifie diable en hongrois ce qui correspond assez au personnage de Gilles de Rais, qualifié de Barbe Bleue, arrêté, jugé et condamné pour avoir enlevé, violenté et assassiné nombre d'enfants.
 
Budapest, 9 mai (Franck Mercier)

Cette soirée a été organisée avec le soutien du Centre National du Livre et en partenariat avec l’Institut français