József Attila

Attila JÓZSEF (1905-1937).
Il tient rang, aux côtés de Lorca, de Trakl, de Rilke, d'Apollinaire, parmi les premiers poètes du XXe siècle. Ce qui ne l'empêche pas d'être royalement ignoré chez nous. Malgré une oeuvre — précoce mais brève (écrite en moins de quinze ans) — d'une séduction et d'une spontanéité inouïes, placée toute sous le signe d'une insurrection intime contre la laideur du monde, soulevée de bout en bout par une force noire, sauvage.
Une histoire triste. Le gamin naît dans une famille qui n'existe pas: la mère est blanchisseuse; le père, ouvrier savonnier, a déserté le foyer; on confie le petit Attila à l'Assistance publique. Ses parents adoptifs, décidant que le nom d'Attila n'existe pas non plus, l'appellent Pista. Il s'efforce tant bien que mal d'être un autre, puisqu'il semble si difficile de rester soi-même. Cette découverte, faite à l'âge des culottes courtes, le marque pour jamais. «C'est peut-être à elle, écrira-t-il, que je dois de m'être voué à la littérature, d'avoir appris à réfléchir, d'être devenu un homme qui écoute l'opinion des autres, mais en la passant au crible de sa propre expérience; un homme qui répond quand on l'appelle Pista, avant d'aller vérifier ce qu'il pense tout au fond, à savoir qu'il s'appelle Attila.»
Il retrouve sa mère pendant la Grande Guerre — il n'a pas dix ans — et pratique divers petits métiers pour l'aider: crieur de journaux, marchand de limonade dans les cinémas, garçon de café à la célèbre brasserie Emke. Quand sa mère meurt en 1919, on le place chez un nouveau tuteur, un avocat, qui l'envoie au collège où il se montre sujet brillant mais difficile (plusieurs tentatives de suicide — déjà). Il écrit des vers en cachette, publie son premier recueil, Le Mendiant de la beauté, en 1922 (à dix-sept ans), ce qui lui vaut d'être traîné devant les tribunaux: un poème, « Coeur pur », a attiré l'attention de la Justice; on l'accuse de «blasphème» — il sera acquitté en raison de son jeune âge.
Ça commence mal, ça ne finira pas mieux. Découragé par l'hostilité d'un de ses professeurs qui le fait chasser de l'université quand paraît un nouveau recueil de ses vers, il renonce aux études. On le retrouve sur les routes, représentant en librairie, précepteur à Vienne, de passage à Paris. Rentré en Hongrie, il milite au parti communiste clandestin où son attitude libertaire est mal acceptée — il rompt bientôt. La fameuse revue Nyugat (Occident) publie ses poèmes, qu'il réunit en recueil en 1925 (Ce n'est pas moi qui crie). On l'acclame — enfin, quelques-uns — mais il a le sentiment d'échouer dans chacune de ses entreprises: auprès des camarades du parti, auprès des femmes.
De 1929 à 1936 paraissent coup sur coup cinq nouveaux recueils : Ni père ni mère, Abattre les chênes, Nuit du faubourg, La Danse de l'Ours, Ça fait très mal. Il tire toujours le diable par la queue, se bat contre la neurasthénie, échoue bientôt en maison de repos. Il en sort pour lancer un journal prolétarien, ce qui lui vaut quelques ennuis avec la police. Surtout, il découvre Freud et entreprend une première psychanalyse; puis une seconde, cette fois avec une femme dont il tombe amoureux: une passion sans issue, qui lui inspirera des poèmes d'une beauté terrible, où l'enfance donne la main à la mort.
Il se jette sous un train et meurt le 3 décembre 1937. Il a trente-deux ans. La postérité lui jouera des tours divers. A partir de 1948 les marxistes hongrois au pouvoir, qui l'ont si bien rejeté de son vivant, montent en épingle quelques-uns de ses poèmes militants (ce ne sont pas les plus nombreux), font de lui leur porte-drapeau et lui distribuent tous les signes de la gloire posthume. Cette triste farce aura au moins un avantage: un peu partout dans le monde les communistes publient son oeuvre — traduite chez nous par quelques «camarades» de haut vol : Éluard, Guillevic… © Phébus

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